25 mars 2015

Passe à "gibiers" ou échappatoires à animaux sauvages. Canal du Loing. 2015 019.

Les obstacles les plus divers entravent les déplacements des animaux sauvages.


Ils sont d'origine anthropique, ils sont nombreux, et variés, ils ont des caractéristiques spécifiques, ils fragmentent les paysages, ils isolent des populations animales et parfois végétales, ils détruisent ou modifient des habitats naturels, ils nuisent à la diversité génétique, ils entraînent la mort, ou la disparition d'espèces.



Exemples de barrières matérielles :
infrastructures construites, telles qu'éoliennes, routes, autoroutes, voies ferrées, TGV, canaux (le canal du Panama ou de Suez coupent et isolent des continents), fleuves canalisés, barrages-réservoir ou hydroélectriques, lignes à haute tension, antennes ou câbles sur les corridors de migration, etc.
zones urbanisées et très "dévégétalisées"
zones artificialisées
zones d’agriculture et de sylviculture intensive
zones d’expérimentation ou culture OGM outre que certaines plantes produisent leur propre pesticide, ces champs doivent théoriquement être gérés pour ne pas faciliter la dispersion de pollens, graines ou autres propagules.




Exemple de barrières immatérielles :
odeurs (l’odeur laissée par un chien ou par un humain peut durant quelques heures ou jours perturber des animaux craintifs qui y sont très sensibles)
microclimats (température, hygrométrie, …)
dérangement, perturbation, surfréquentation
pollution sonore
pollution lumineuse
pollution thermique de l’eau, voire de l'air ou du sol (réseau de chaleur mal isolé)
pollution atmosphérique (biocide, ozone, métaux lourds, …)
pollution électromagnétique (lignes haute tension, antennes relais…)

Source wikipedia


 
Voici une liste, non exhaustive de ces infrastructures, dressée en 2007 par [lien].
Longueur des infrastructures de transport en 2007 
Mode d’infrastructure linéaire  longueur en km
Totalité du réseau routier  1 079 072  dont autoroutes   10 958
Dont routes principales et voies express  64 374
Dont routes régionales 115 828
Dont routes locales  887 912
Longueur totale de voies ferrées exploitées   2 9213
Dont ligne à grande vitesse   1 875
Dont lignes électrifiées   14 839
Longueur du réseau navigable (VNF)  6 700
Dont canaux 3 200
Lignes de transport d’électricité (
>63 kV) (RTE)  100 000
Lignes de distribution d’électricité (HTA 20 kV) (ERDF)  586 000
Lignes de distribution d’électricité 230-400 V (ERDF)  654 000
Réseau de distribution de gaz naturel (GrDF)  186 000 






Un cas intéressant, que j'aimerais aborder dans cet article, est celui des canaux d'irrigation, ou de navigation.
Ces canaux constituent, bien souvent en raison de l'aménagement de leurs berges,des barrières infranchissables pour un grand nombre d'espèces animales. 



Comme le relate ce journal, les voies navigables constituent, de par leur conception même, de redoutables pièges pour la faune.
Ce sont bien souvent les matériaux utilisés pour consolider les berges qui sont la cause de la noyade de nombreux animaux.
Les berges équipées de palplanches constituent un véritable mur, infranchissable, pour les animaux essayant de sortir de l'eau.
Épuisés ils se noient !


Palplanches légèrement différentes de celles utilisées en France NDLR


Berge consolidées par un réseau de palplanches au niveau de la carrière d'Écuelles 77250

Au contraire, un cours d'eau non calibré n'est pas une barrière infranchissable pour la faune.


 La Loire


 Berges naturelles de la Vienne.

 Ces traces de cervidés imprimées dans la boue de la rivière Le Loing ne prêtent pas à confusion. Une biche a bel et bien traversé le Loing pour aborder ici.








  
Les animaux traversent  les cours d'eau pour des raisons, alimentaires, ou de reproduction. N'oublions pas que la grande majorité des animaux vivent dans un monde qui nous est inconnu, le monde des odeurs. Nous ne pouvons pas détecter à distance un champ de céréales, ou de tubercules par exemple, les animaux eux en sont capables, ce qui les incite à franchir ces obstacles liquides. Au moment du brame, par exemple, les cerfs "amoureux" franchissent des distances considérables, et de nombreux cours d'eau.
Bien entendu les cours d'eau sont traversés par une foule d'autres animaux qui échappent à notre attention en raison de leur petite taille, ou parce qu'ils ne laissent pas de trace de leurs activités de déplacement.

Ces cours d'eau, s'ils sont aménagés, ne doivent, ne devraient pas, se transformer en pièges mortels comme c'est trop souvent le cas.

Bon à savoir : Si les institutions ne sont guère performantes pour préserver la nature que dire des particuliers ?
Les mares, bassins, piscines, installés sans précaution peuvent, eux aussi, devenir de redoutables pièges.
Qui n'a jamais trouvé de hérisson noyé dans un bassin ?


Cliché réalisé au Château de Courances. F91490


Les canaux bien que présentant de nombreux avantages environnementaux en matière d'énergie dépensée par tonne transportée ont des impacts environnementaux, en matière d'emprise foncière, d'artificialisation du réseau hydrographique, des paysages, de bruit, d'émissions de gaz à effet de serre par les moteurs de péniches, noyade d'animaux sauvages, et effet de coupure du paysage, contribuant ainsi au phénomène dit de fragmentation écopaysagère. Ils peuvent aussi avoir d'autres impacts sur la biodiversité ou l'environnement (corridors de diffusion d'espèces invasives (aquatiques, telle que la moule zébrée ou des berges (ex : Renouée du Japon) via les péniches ou la mise en contact hydrographique de différents bassins versants autrefois isolés. Localement des problèmes peuvent être posés par des accidents ou sédiments pollués.
Extrait de Wikipedia


Les canaux mal aménagés, mal pensés, ont les mêmes effets déplorables que les séparateurs des routes, ou autoroutes. Les animaux butent sur ces obstacles, essaient de les contourner, vont et viennent aux abords immédiats, et finissent écrasés au lieu de mourir épuisés sans pouvoir accéder à la berge.



Ci-dessus un ouvrage qui a fait polémique au moment de sa réalisation en forêt de Fontainebleau,

 


Une association (beaucoup plus active sur des sujets de défense de la nature qu'elle ne l'est actuellement) avait tenté sans résultat d'empêcher sa réalisation. Des enquêtes de terrain avaient démontré le danger représenté par de tels équipements, en forêt domaniale, sur la faune.
C'était sans compter sur le poids du lobby automobile. 



Actions conduites pour éviter la noyade d'animaux.

Sur un tronçon du canal du Loing, entre Épisy 77250 et Écuelles 77250 ont été aménagés plusieurs échappatoires, ou, passe à "gibiers" .



Ces dispositifs sont destinés à fournir une aide aux animaux traversant le canal du Loing.

Sur ce tronçon un véritable mur de palplanches est dressé sur chaque rive.







Ces dispositifs (les échappatoires !) ont été installés sur un corridor emprunté régulièrement par les animaux. Bien que trop peu nombreux, ils ont le mérite d'exister, et d'être utilisés.

Voici deux échappatoires, un sur la rive où se tient le photographe, et son pendant sur l'autre rive.





Lors de vos randonnées vous pourrez observer deux types d'échappatoires, un premier situé côté Épisy ressemble à un piège, mais il s'agit bien d'un passage destiné aux animaux sauvages.










Les autres sont réalisés en maçonnerie et ne prêtent pas à confusion.
Deux plans inclinés descendent de part et d'autre de la petite plateforme jusqu'au fond du canal. Les animaux arrivant à la nage y prennent pied sans difficulté et franchissent l'obstacle des palplanches.







Pour conclure, souhaitons que décideurs, naturalistes, et entreprises travaillent la main dans la main afin de réaliser des aménagements s'inspirant de la nature. La trame verte et bleue est un bon début.









LIENS :
Cartographie des corridors biologiques
https://fr.wikipedia.org/wiki/Cartographie_des_corridors_biologiques

Diversité génétique.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Diversit%C3%A9_g%C3%A9n%C3%A9tique

FRAGMENTATION PAYSAGÈRE /
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fragmentation_%C3%A9copaysag%C3%A8re

NOYADE ANIMAUX SAUVAGES :
http://www.republicain-lorrain.fr/moselle/2014/11/25/canal-de-la-marne-au-rhin-des-passerelles-a-gibier-vite