30 septembre 2015

5 questions sur l'abroutissement et les cervidés. 2015 084

Peut-on  détecter la présence des cervidés, Cerfs, Chevreuils dans une forêt ?



Les cervidés façonnent la forêt ?
Les cervidés, et principalement les grands, comme le cerf, et la biche laissent une forte empreinte sur les milieux boisés qu'ils fréquentent. Ce n'est pas l'ONF qui me démentira.
A force de coups de dent par-ci  par-là, le cerf, et la biche façonnent les lieux à leur convenance. Notez que c'est bien involontairement qu'ils le font.



Les animaux ne recherchent pas la difficulté, ils commencent donc à brouter ce qui est à portée de dents, puis ils passent aux étages supérieurs, allant parfois jusqu'à réaliser des numéros d'équilibristes.





Mes remerciements à François Ribeaudeau pour le prêt de ces trois photographies. 

Le site de François Ribeaudeau :




Le Chevreuil n'est pas en reste !
Lui aussi pratique l'abroutissement des végétaux.



Plus sélectif dans le choix de sa nourriture, il glane ici ou là un bourgeon, une feuille, il ne s'attarde pas, comme peut le faire le Cerf élaphe, dans un secteur précis lors de ses refaits (par exemple).



Dans certains villages vosgiens, les animaux y vont tout de même un peu fort ! Témoins ces rosiers abroutis par un chevreuil.





J'ai entendu dire, que dans un village du même département, les cerfs viennent la nuit abroutir... les pélargoniums placés sur les fenêtres !

Les animaux domestiques.
Pour comprendre ce qu'est l'abroutissement, il suffit parfois de regarder les animaux domestiques, dans les parcs à bestiaux.
Les vaches, les chevaux, et les autres herbivores taillent la végétation arbustive du parc, et celle de l'extérieur à portée de dents. L'observateur attentif, peut remarquer que les branches basses sont, généralement, toutes coupées à la même hauteur, la hauteur maximum atteinte par les herbivores !
Malgré ces tailles répétitives, l'arbre continue de pousser, s'il est isolé, il prend alors une jolie forme de topiaire.




En pénétrant dans certaines parcelles, le naturaliste peut avoir l'impression de parcourir un Jardin à la française.  Un jardinier du dimanche armé de son taille haies ne ferait pas mieux.





Les cervidés mettent la forêt en péril ?
La réponse est d'une simplicité déconcertante, la forêt telle qu'elle est gérée, ici à Fontainebleau,  ne laisse pas de place aux herbivores. Pas de sous-étage, c'est à dire d'arbrisseaux d'arbustes, sous les grands arbres, les peuplements sont dits : équiens. Rien ou pratiquement rien à se mettre sous la dents.
Ce phénomène se double parfois d'une autre calamité, l'absence de diversité. Une seule essence est privilégiée au détriment de toutes les autres, la forêt est dite mono-spécifique.



Tout le contraire d'une forêt jardinée comme ci-dessous (dans le Haut-Jura) !



Voici un petit texte extrait de : la forêt de Couvet en Suisse

La forêt jardinée qui résulte de ce traitement présente une physionomie caractéristique :
c'est une forêt conviviale, mélangée d'essences locales,
c'est une "forêt-famille" où se côtoient des arbres de toutes dimensions et de tous âges,
c'est une forêt où la régénération est naturelle et permanente,
c'est une forêt qui produit de façon durable et ininterrompue un volume optimal de bois de qualité; l'investissement en soins y est très restreint.





On imagine aisément des cervidés ici sans qu'il soit possible de détecter leur présence par leurs abroutissements, il y tellement de nourriture disponible !

Retour à Fontainebleau . 



Bien entendu, cette gestion est aux ordres des machines et du rendement, nous sommes loin, bien loin de la forêt jardinée qui fait la joie du promeneur. Une forêt jardinée ne donne pas l'impression de changer, ce n'est pas le cas à Fontainebleau !
Lorsque les arbres sont en âge d'être abattus, ils ont tous coupés sans exception, c'est la coupe à blanc-étoc, le vide sidéral suit la futaie. Parfois quelques porte-graines sont laissés sur pied. Leurs graines donnent naissance à de nouveaux arbres qu'il faut... protéger. L'autre solution consiste à labourer la parcelle ravagée par la coupe à blanc-étoc puis à ensemencer mécaniquement le "champ", nous atteignons là le sommet de la foresterie ! Cette pratique néfaste avait cours à  Fontainebleau il y a quelques décennies.

La gestion forestière est remise en cause ?
Imaginons un instant une bande de délinquants aux dents longues (je parle des cerfs et biches, chevreuils) vivant dans une forêt sans sous-bois, donc sans nourriture disponible. La parcelle en régénération (celle où de jeunes plants font leur début dans la vie) est à proximité. Que vont-ils faire ? Laisser les jeunes arbres, ou se ruer dessus ? La réponse, vous la connaissez. Deux solutions extrêmes s'imposent alors aux gestionnaires, abattre les délinquants, ou les mettre en prison. Ici à Fontainebleau et partout en France, l'ONF choisit les deux solutions, abattre un cheptel jugé trop important, et grillager à outrance la forêt.

C'est un cercle infernal ?
La boucle est bouclée, les parcelles où la nourriture est disponible sont grillagées, si une parcelle ne l'est pas, c'est le massacre. Les cervidés concentrés sur ces points de ravitaillement commettent plus de dégâts. Voyant cela, on pose de nouveaux grillages ! Etc.
En procédant ainsi le nombre d'animaux semble augmenter là où l'espace est libre. Si ces messiers réalisent un comptage, il y a fort à parier que cette densité sera appliquée à la surface totale de la forêt.
Plus fou, tu meurs !

Des cas particuliers.
Il y a parfois des abroutissement surprenants, comme ici sur ces lierres. Je n'ai pas réussi à identifier clairement des traces d'abroutissement. Peut-être s'agit-il d'un phénomène naturel. Le lierre se débarrasserait-il de ses feuilles basses ?  C'est tout de même étonnant. Voilà une nouvelle enquête à mener prochainement.








L'écorçage n'est pas de l'abroutissement.
Un phénomène beaucoup plus rare que l'abroutissement se rencontre parfois, l'écorçage.





Je n'ai, dans ma longue carrière ici à fontainebleau, rencontré qu'une fois ces traces d'écorçage.
 Il est pratiqué bien souvent par des animaux :
- stressés ;
- trop nombreux pour le milieu ;
- pratiquant l'automédication.
Le stress provient généralement du dérangement humain empêchant les animaux de rejoindre leurs gagnages, ils "patientent" en rongeant les écorces.
Un milieu pauvre, où la nourriture disponible est rare, ou insuffisante, une surpopulation, entraînent des écorçages.
Certains auteurs avancent l'hypothèse que ces écorçages auraient un but d'automédication. (Cela ne reste pour l'instant, me semble-t-il qu'une hypothèse). 
Les photographes fréquentant les parcs animaliers ou parcs de vision connaissent bien ces phénomènes d'écorçages, qui dénaturent ou "signent" les photos réalisées dans ces endroits. 


Les abonnés (Abonnement Privilège) peuvent se rendre sur mon espace jooméo pour y consulter un album consacré aux abroutissements.


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