28 février 2016

Le grès lustré une roche peu fréquente en forêt de Fontainebleau. 2016 019

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Rencontre avec le grès lustré, en forêt de Fontainebleau.

 


Au cours d'une sortie organisée par une société savante j'ai découvert cette roche particulière.
Le grès lustré est une "déclinaison" du grès que nous trouvons sous forme, en autres, de gros blocs rocheux largement présents en forêt de Fontainebleau. Les principaux "gisements" de grès lustré, exploités par les premiers hommes, sont localisés en forêt de Montmorency (mais pas que). Le Montmorencien désigne l'outillage macrolithique réalisé sur ce site, découvert en 1923 par L Franchet et L. Girault. Notons cependant, qu'il semble bien que les premières découvertes, de grès taillés (grès lustré) signalés par E Doigneau en 1875, ont été faites en forêt de Fontainebleau  !
Ce qui surprend le visiteur, sur ces sites exploités par nos prédécesseurs, ce sont les formes particulières et la quantité d'éclats de roche. De tailles et de dimensions variables, grossiers ou délicats, il ne peut y avoir de doute, même pour une personne ignorante du travail de la pierre. Ces "rebuts" de taille sont caractéristiques d'une exploitation intentionnelle et réfléchie. On ne trouve sur place aucun indice permettant de conclure à une exploitation de pavés, traces d'outils, boîtes à coins, écales, etc, si fréquents sur les sites où ont été exploités les rochers pour cette finalité.


Il y a un mois environ je découvre par hasard, un bloc de grès portant, de toute évidence, des traces de fractures et d'enlèvement de matière.






L'observation minutieuse révèle que ces enlèvements ont été provoqués par une série de coups, comme le ferait un tailleur de pierre (archaïque). Ce bloc est très éloigné du site dont je parle plus haut, environ 13 km, il semble s'agir  du même procédé d'exploitation. Seule une partie du rocher, celle qui a été fracturée, présente cet aspect translucide, grisâtre, légèrement veiné de gris, propre au grès lustré. La patine des surfaces exploitées m'intrigue tout de même un peu. Je décide de me rendre sur un site, reconnu et étudié  en forêt de Fontainebleau où je suis certain d'avoir affaire à une exploitation ancienne datant du mésolithique.
Sur site, l'observation attentive (des rochers exploités au mésolithique ) révèle bien une patine identique à celle observée sur "mon" bloc rocheux distant d'une dizaine de kilomètres !








À la fracture, le grès lustré présente une surface légèrement grenue qui disparaît une fois soumise aux aléas climatiques. Avec le temps (des milliers d'années !) la surface devient lisse et présente un aspect glacé.
Le rocher partiellement exploité, trouvé loin d'ici pourrait donc avoir été exploité il y a quelques milliers d'années par des hommes du Mésolithique ou du Paléolithique. Seule une recherche approfondie, réalisée par des archéologues spécialistes de ces périodes et de cette technique, pourrait apporter des éléments de réponse.

Le grès lustré

Le grès lustré ou grès quartzite a été utilisé sur une période de plusieurs milliers d'années par différentes cultures. Ses qualités proches de celles du silex font de lui un matériau prisé par les premiers tailleurs de pierres pour la confection d'outils.




Ce n'est donc pas sans raison que certains rochers présentant ces caractères idéaux ont été exploités en totalité...
Celui-ci est réduit pratiquement aux tiers de sa taille originale.

 

Exemple d'outils réalisés en grès quartzite [ICI]

Le temps passe, la taille et la mise en forme des matériaux évoluent. Une nouvelle technique, fait son apparition : le polissage. Les grès lustrés toujours utilisés se présentent dorénavant pour les archéologues sous forme de pierres polies. Nous sommes au néolithique.
Exemplaires de haches polies en grès lustré glanés en surface aux environs de Monterau-fault-Yonne.






Le grès-quartzite

D’autres matériaux ont également été sollicités pour la fabrication de haches. Roche sédimentaire, le grès-quartzite est une matière à ciment siliceux, composé de plus de 80 % de grains de quartz, appelé «arénite-quartzeuse» lorsque cette proportion dépasse les 95 % (Bishop et al., 2001, p.198). L’engrenage des grains, cumulé avec le ciment siliceux, fournit à cette roche une ténacité assez développée ainsi qu’une grande homogénéité, garantissant une grande aptitude à la taille. Ce matériau serait issu des niveaux géologiques du Stampien, présents dans l’ensemble du Bassin parisien au sens large. C’est donc un matériau de choix pour la confection de haches et d’herminettes dont l’approvisionnement pouvait s’effectuer de manière locale ou régionale.Ces matériaux représentent 10% des haches polies régionales, généralement retrouvés sous la forme de produits finis, rarement sous la forme d’ébauches (Le Maux, 2006).
Ref : http://www.prehistoire.org/offres/file_inline_src/515/515_P_29974_12.pdf

Grès blanc. 

On appelle ainsi plus spécialement les grès des terrains tertiaires ou parisiens, bien que parmi eux on en trouve de rouge, de bigarrés, de ferrugineux, de jaunes et bruns et de verts. Ils sont plus ou moins durs ou friables ; dans quelques localités les grains semblent n'être que juxtaposés ; dans d'autres il y a un ciment très visible de nature quartzeuse, dont le tissu est très serré ; cette dernière manière produit une variété qui se trouve dans les assises supérieures à Montmorency, à Treil, et qui a reçu le nom de grès lustré. C'est elle qui donne lieu à un phénomène remarquable que Gillet-Laumont a fait connaître : le grès lustré est en plaques peu épaisses, et lorsque l'on frappe sur une de leurs faces avec un marteau, le choc se propage en divergeant, et il se détache de la masse un cône très évasé dont la surface est unie.
Ref : Dictionnaire classique d'histoire naturelle Baudouin Frères libraires éditeurs paris 1825.

Quartzite

Le quartzite est une roche siliceuse massive, constituée de cristaux de quartz soudés. Il présente une cassure conchoïdale. Sa couleur est généralement claire.
Il existe deux types de quartzite :
le quartzite métamorphique (ou métaquartzite), issu de la recristallisation d'un grès, d'une radiolarite ou d'un filon de quartz.
le quartzite sédimentaire (ou orthoquartzite), issu de la cimentation par diagenèse d'un grès.
La différenciation entre ces deux types est impossible avec un seul échantillon.
Ref : wikipedia


Définition du macro-outillage

Le macro-outillage désigne généralement l’outillage lithique sur support grossier qui n’est pas intégré aux études lithiques classiques. La notion de macro-outillage exclut donc tout élément issu des diverses méthodes de débitage (éclats, lames, les outils qu’ils portent et les nucléus), quelle que soit la roche utilisée. Les macro-outils sont les outils lithiques sur support brut (ne présentant aucune mise en forme) ou façonnés par une méthode autre que la taille (bouchardage, piquetage, abrasion, polissage…) et les outils taillés ne relevant pas du débitage : choppers, chopping tools et autres pics, dont le support de départ est un bloc naturel. Les haches polies et leurs ébauches peuvent entrer dans cette définition,mais ayant leurs propres méthodologies et problématiques (Le Roux, 1999), elles ne sont pas étudiées avec le macro-outillage. L’industrie lithique, du moins pour le Néolithique, se divise en trois sphères : la pierre taillée, l’outillage poli et le macro-outillage. Les éventuels nucléus ou haches polies réutilisées comme support de macro-outil sont intégrés à cette dernière sphère, ainsi que les différents types de lests (galet perforé, à encoches ou à rainure), qui ne sont pas des outils à proprement parler car ils ne possèdent aucune partie active agissant sur la matière
Ref : https://www.academia.edu


- Un très intéressant texte d'Alain GUYOT 
du Groupe Historique de Toussus-le-Noble [ICI]


- Un autre concernant:
 Les gisements préhistoriques de la forêt de Montmorency (Seine-et-Oise) [ICI]



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