9 octobre 2016

Vent et chasse photo 2016 076

Comment essayer de maîtriser le vent en chasse photo.

Une récente déconvenue, m'incite à rédiger cet article, concernant la maîtrise du vent en photo animalière.
Après un petit déjeuner rapide, et plutôt mal réveillé, j'arrive ce matin là dans une petite clairière où j'ai rendez-vous avec un jeune brocard (les chevreuils sont assez casaniers) observé ici il y a quelques jours.

Ce matin là, il est très coopératif, aujourd'hui pas du tout ! J'ai pourtant contrôlé la direction du vent chez moi ! 
Peut-être l'ai-je effrayé en arrivant en même temps que lui dans la clairière ?
Déçu, je rebrousse chemin et me dirige vers une parcelle en régénération où j'ai fait quelques belles observations. Je me fais "aboyer" par un chevreuil mécontent. Pas de chance ce matin ! Plutôt insouciant je ne contrôle pas le vent et continue ma billebaude. Arrivé à proximité d'une parcelle de jeunes chênes où ont été aménagés plusieurs layons, j'aperçois une chevrette. Tête relevée, inquiète, elle cherche par des mouvements latéraux de la tête à m'identifier. Son odorat se révèle finalement plus efficace que sa vue ... Elle m'évente, aboie, et prend la fuite.
Le petit vent traitre tourne sans cesse provoquant la fuite de mes sujets. La matinée se passe ainsi. Au total ce sont 6 chevreuils, qui me fuient ce jour là.
Si j'avais pris la peine de regarder, plus longuement que je ne l'aie fait, la girouette installée chez moi, j'aurais constaté que le vent soufflait tantôt du sud, du nord, de l'est et de l'ouest.
Je serais retourné au lit, sachant qu'il était inutile de traquer les mammifères ce matin là !
En consultant la météo j'y aurais également vu ceci 

Les prévisions de météo France indique pour ma région un vent tournant dont la vitesse est inférieure à 5 kilomètre par heure.
J'accorde généralement peu de crédibilité aux prévisions météorologiques surtout si elles concernent des périodes à long terme (au delà de trois jours). Je dois reconnaître, cependant, que les prévisions concernant les vents (pour une période de trois jours pas plus) se révèlent généralement exactes. Les prévisions à long terme (au delà de trois jours), calculées par des ordinateurs, peuvent être considérées comme celles que nous servaient il y a quelques décennies, l'almanach Vermot ou le Messager boiteux !
A retenir :
Un vent faible bien établi (supérieur à 3/4 km/h), c'est à dire soufflant régulièrement, toujours dans la même direction est un facteur de réussite pour le naturaliste. Il permet de choisir son itinéraire de billebaude, ou d'affût, et facilite l'observation des mammifères avant qu'ils ne vous éventent. 
Attention : Les vents dont la vitesse est inférieure à 5 kilomètres par heure entraînent toujours des turbulences, ils sont appelés : vents tournants et sont indiqués de cette façon sur les cartes de météo-france.
Bon à savoir : le grand vent gène les animaux, ils ne l'apprécient guère. Pour s'en protéger ils restent sous le couvert forestier, s'abritent dans une dépression, un creux de terrain ou derrière un obstacle naturel.

Voici en images une progression sous le vent, c'est à dire avec "le vent dans le nez" le vent souffle du chevreuil vers moi.







Les photos ne sont pas recadrées il ne s'agit pas non plus d'un effet de zoom. Bien positionné par rapport au vent je peux m'approcher de la chevrette qui m'ignore totalement !
Elle vit sa vie, boit dans une flaque d'eau et regagne calmement le couvert forestier. 

Le monde des odeurs chez les mammifères.

Le brame finissant, vient encore une fois de révéler l'extrême méconnaissance du monde animal chez certains photographes.
C'est généralement, lors de billebaudes, que je rencontre, ou plutôt que j'évite, ces apprentis photographes.

L'utilisation du vent est un des piliers de la photographie animalière.

L'odorat.

Cette faculté de détecter les odeurs semble appartenir aux seuls mammifères. Les arachnides, les lépidoptères et tous les autres membres du peuple  de l'herbe nous détectent de mille autres façons. Pourtant, les moustiques détectent notre odeur. A bien y regarder les oiseaux ne semblent pas posséder d'odorat, pourtant le pigeon voyageur  serait capable, dit-on, de reconnaître son territoire à l'odeur. Les poissons ne sont pas privés d'odorat puisque le saumon retrouve son lieu de naissance grâce à lui.
Il devient alors difficile vous en conviendrez d'établir des règles.
Les fosses nasales sont le véritable siège, de la détection des odeurs. Les récepteurs placés là, analysent en permanence, les produits volatils en suspension dans l'air. Odeurs ou parfums sont transportés loin de leur source d'émission sous forme de gaz ou d'rosols. Parvenus dans les fosses nasales ils entrent en contact avec l'épithélium olfactif.
Comparez ces charmants "minois" et la longueur de leurs fosses nasales !



Il est évident que certains individus sont largement favorisés dans le domaine de la détection !

Comment organiser une sortie chasse photo "mammifères"

La veille consultez la  météo.

À la rubrique météo France, choisir la carte des vents prévus pour le lendemain. 
Deux possibilités s'offrent à vous :
Les prévisions concernant la couverture nuageuse et les précipitations

Les prévisions concernant le vent sa direction et sa vitesse.
Vous pouvez affiner la recherche pour votre secteur géographique.

Juste avant le départ regardez votre girouette.
Si vous en avez les moyens réalisez et installez une girouette dans votre propriété.
Il suffit de la regarder (longuement !) avant la sortie pour connaître la direction du vent à basse altitude.
Bon à savoir : les vents, soufflant à votre domicile, peuvent avoir une direction légèrement différente sur votre lieu d'affût ou de billebaude. A vous d'établir une échelle de comparaison. Ex : un vent orienté au sud chez moi est orienté au sud/est dans cette combe en raison des mouvements de terrain perturbant sa progression, etc.
Bon à savoir : Il est fréquent d'observer des différences notables de direction entre les vents soufflant à basse altitude et ceux soufflant à haute altitude.
Confectionner une girouette :Très simple à réaliser, elle est constituée d'une perche (j'ai choisi une canne à pêche en fibre de verre) surmontée d'une tresse légère de 1 a 2 mètres de longueur flottant au vent. Un des avantage, outre son coût dérisoire, est qu'elle est mise en mouvement par un vent très léger (inférieur à 1 km par heure), pratiquement imperceptible sur le visage. Sans un minimum d'information sur cette tresse volant au vent, vos voisins vous prendront certainement pour un excentrique !

En pratique.

Connaissant la direction du vent  et seulement à ce moment là, j'organise ma sortie. Je choisis mon affût ou organise ma billebaude en tenant compte de la direction du vent observé ?

La démarche est donc toute différente de celle consistant à parcourir à chaque sortie le même itinéraire ou à s'installer toujours dans le même affût sans tenir compte du vent.
Une fois sur le terrain il convient d'utiliser à nouveau un morceau de tresse pour contrôler la direction du vent. Se souvenir en effet qu'un vent se déplaçant dans une direction peut souffler dans une autre direction une fois sur le terrain (c'est le cas, généralement, pour les vents dont la vitesse est supérieure à 10 km/h (cas valable à Fontainebleau).

Les vents sur le Massif de Fontainebleau.
J'ai matérialisé en rouge les mouvements de terrain (les chaos rocheux) sur cet extrait de carte. Vous remarquez qu'ils ont une orientation bien particulière, tous, à de très rares exceptions sont orientés est/ouest.

Venant du sud ou du nord le vent butte sur ces barres rocheuses et se met à tournoyer.
Bon à savoir : Les changements de temps sont toujours accompagnés d'une modification des vents et de leur régime. Durant cette brève période (12 à 24 heures), le vent se met à "tourner" avant de s'établir dans une direction bien définie.

Le vent et les animaux.

En règle générale, les animaux n'aiment guère le vent, du moins le vent fort, ils cherchent toujours à s'en protéger. J'ai remarqué que lors d'épisodes particulièrement venteux, les animaux se font plus rares.
Lorsqu'ils ne sont pas dérangés, leurs déplacements semblent conditionnés par la direction du vent, ils progressent le nez au vent, ce qui paraît tout à fait logique. Mais attention comme dit plus haut il ne peut y avoir de règles définitivement établies dans la Nature.

Les odeurs.

Il est inutile de se déplacer le vent dans le dos, les animaux vous sentiront et fuiront. On a beaucoup écrit sur les distances à laquelle un animal peut vous détecter, pour ma part je prends cela très à la légère. En effet cela dépend de la vitesse du vent, des obstacles pouvant influencer le déplacement, des particules odorantes, du type de molécules transportées, des précipitations, etc. 

Bon à savoir :

La pluie constitue une barrière très efficace aux odeurs et aux sons, l'approche des animaux est facilitée. Encore faut-il accepter, de sortir sous la pluie et de réaliser des photographies de moins bonne qualité !
Ne jamais se déplacer le vent dans le dos, vos odeurs vous précèdent et font fuir les animaux.
Vous devez vous déplacer nez au vent comme ceci.

Quelque soit la situation, c'est un principe à respecter. Inutile de vous installer dans un affût si le vent est mauvais (sauf si cet affût est placé très en hauteur) les interstices laisseront passer votre odeur et vous serez éventé. Des heures d'attente pour rien.
Dans le cas précis, de l'affût "perché", le cône de dispersion des odeurs se trouve déplacé vers le haut. Les odeurs parcourent une plus grande distance avant de toucher le sol, elles sont alors fortement "diluées".

A retenir :

 Inutile de parcourir la forêt avec un vent poussant les odeurs devant vous, vous ne verrez rien ou que des animaux en fuite.
Bonne méthode (le vent vient de l'animal)

Mauvaise méthode. (le vent va vers l'animal)

Les odeurs et les animaux.

Les jeunes mammifères, passent une partie de leur enfance avec leur mère, et parcourent avec elle ses pistes, ses coulées. Ils fréquentent ensemble les mêmes reposées, les mêmes lieux de gagnage, les mêmes places de brame (cas des cervidés). La femelle connait parfaitement son territoire et toutes ses odeurs sans exceptions. Une odeur étrangère, quelle qu’elle soit faisant "irruption" dans ce patchwork d'odeurs, déclenche l'alerte immédiate ! 
La femelle et son (ses) jeune fuient sans chercher à identifier par la vue l'origine de cette odeur. Le jeune animal  apprend ainsi  à se déplacer, à utiliser le terrain, dans un monde d'images et dans un monde d'odeurs. 
Une fois émancipé il quitte le territoire de sa mère avec une "bibliothèque" d'images et d'odeurs bien remplie.
Sur son nouveau territoire, c'est à dire un territoire libre de concurrents, il complète  sa "bibliothèque" en ajoutant de nouvelles odeurs nécessaires à sa survie. 
A retenir : Un jeune animal qui ne sait pas s'adapter, meurt. C'est une des règles de l'évolution.

Les mammifères se déplacent dans un monde d'odeurs, ce monde nous est totalement inconnu. Toutefois pour illustrer cela, rendons les odeurs visibles en les comparant à de la brume ou du brouillard.
Représentons nous une matinée avec un brouillard dense, et une matinée avec un très léger voile de brume accroché au sol, un peu comme après une pluie d'été. La matinée au brouillard dense représente les odeurs perçues par les mammifères, celle avec un léger voile représente notre perception.
Il y a autant de différence entre ces deux matinées qu'il y en a entre notre perception des odeurs et celle qu'en a par exemple un cerf ou un renard. La capacité à détecter les odeurs chez les humains s'amenuise de jour en jour.
Les parfums de synthèses de plus en plus nombreux et de plus en plus intenses paralysent en quelques sortes nos sens olfactifs. Les parfums artificiels envahissent notre environnement quotidien et annihilent notre perception des plus fines et subtiles odeurs naturelles. Les commerciaux tentent d'ailleurs d'inculquer aux consommateurs qu'une odeur naturelle n'est pas souhaitable dans notre vie de tous les jours, mais qu'une odeur artificielle (payante) est de loin bien préférable.
Certains auteurs nous affirment péremptoirement que les animaux ont peur de l'odeur de l'Homme. Ce n'est à mon avis pas tout à fait exact. Si c'était le cas plus aucun animal ne traverserait nos voies de communication, routes, chemins, sentiers, etc.
Les animaux sauvages sont habitués à sentir l'odeur du cuir, du cirage, de l'urine, de l'essence, de l'huile, du caoutchouc, etc. Ils sont "habitués" aux odeurs des Hommes.
Ces odeurs sont présentes, dans la "bibliothèque" des animaux, avec beaucoup de subtilité  car elles sont inscrites avec disons, une quantité acceptable.
Exemple : le renard chasse sur un chemin forestier, où passent des humains, avec leurs machines et leurs animaux domestiques, il y a présence de milliers d'odeurs, pourtant il ne fuit pas.
Le Naturaliste passe avec son appareil photo, il émet des odeurs à 100 %, une fois passé il ne reste sur le terrain et dans l'air que 2 % de ces odeurs.
Ces 2% constituent un seuil acceptable pour l'animal.
Le Photographe caché derrière un arbre observe le renard, émission d'odeur à 100 % le renard arrive à hauteur du photographe. Ces 100 % constituent un seuil inacceptable pour la sécurité de notre carnivore il fuit à toute allure.
Les mammifères sont donc capables de détecter non seulement la moindre odeur suspecte mais d'en mesurer l'intensité.

Comment éviter les odeurs.

S'il y avait une méthode, un secret, c'est bien simple il n'y aurait plus d'animaux en liberté. Ils seraient tous en cage, apprivoisés ou dans les congélateurs.
Si vous allez sur la toile, à la recherche, de substances éliminant les odeurs, vous en trouverez, si vous chercher des méthodes pour vous rendre invisible olfactivement vous en trouverez également. Que valent ces méthodes ou ces produits vendus souvent à des prix défiant toute concurrence ?
La seule méthode valable consiste à faire entrer nos odeurs et celles de nos équipements dans la bibliothèque de l'animal. Cela s'appelle, imprégnation éducation, ou dressage !

En guise de conclusion.

J'installe il y quelques années un affût dans une clairière bordant une mare. Pour multiplier les chances de réaliser des photographies, je place un morceau de bois qui peut, le cas échéant servir de perchoir à un rapace.
Quelques jours plus tard, je vois arriver une biche et son faon, dans cette petite éclaircie.

Ma surprise est grande lorsque la biche, passant au niveau de mon perchoir improvisé, semble sursauter. Elle approche avec d'infinies précautions son museau du morceau de bois. Comment est-ce possible, il y a trois jours que je l'ai déplacé (sans prendre de précaution particulière je dois le préciser). Comment a-t-elle pu sentir l'odeur de mes mains trois jours après. 
Le morceau de bois en question flèche jaune
Quelques instants après, rassérénée, accompagnée de son faon, broutant de ci de là  elle s'éloigne de la clairière.
Des observations comme celles-ci, comptent beaucoup dans la vie d'un naturaliste.



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